DEVENEZ LORD OU LADY DÈS AUJOURD'HUI
  • Votre devise :
  • Se connecter
  • (0) Article(s) €0.00

Les Highlands Clearances – L’exode forcé dans les Highlands

Écrit par: Anne
Publié: 28th July 2020

Pour comprendre les Highland Clearances (Évacuation des Highlands), décrite par l’histoire comme un acte capitaliste d’abominable cruauté, il nous faut prendre en considération les nombreux faits et pressions qui y menèrent. Cela nous aidera à voir comment un tel événement put se produire.

Dans le sud, le monde était en train de changer au début des années 1600. L’ancien ordre féodal laissait sa place à un nouveau modèle économique, où les besoins du marché prenaient peu à peu le pas sur les liens de loyauté.

L’apparition de ce nouvel âge eut lieu sous Elizabeth I et, à sa mort, le Roi d’Ecosse James VI l’intégra complètement.

06

 

01. Le système de Clan

Scottish Clansmen

Le Féodalisme en Écosse survivait grâce au système de clan. Il était entendu que le chef de clan devait procurer un terrain pour chacun de ses membres. Il divisait alors ses terres parmi les membres du clans, qui à leur tour subdivisaient ces terres pour d’autres serviteurs. Au bout de la chaîne se trouvaient les paysans (Cottars), qui se voyaient remettre une ferme et un morceau de terrain pour pouvoir payer en nature. Un Cotter est une sorte de Serf, leur vie étant divisée entre subsistance et esclavage.

En échange, tous devaient être prêts à se battre pour le Clan. Ce système fonctionnait bien en ces temps tourmentés. Le premier changement majeur vint lors de l’union entre l’Angleterre et l’Ecosse en 1603, sous James VI et I (d’Angleterre). Les frontières, d’habitude endroits violents et sans lois, furent mises sous contrôle plus strict, et les route commerciales avec le sud encouragées. Il ne fallut pas longtemps aux Écossais des Lowlands pour saisir l’opportunité de faire du commerce au lieu de la guerre.

 

Retour en haut de page

 

02.L’affaiblissement des Clans

James VI and I (of England

James ne revint jamais en Écosse après l’union mais demanda aux chefs de voyager jusqu’à Londres pour payer un tribu annuel à la Couronne en échange de sa protection. Ces voyages annuels étaient coûteux et les chefs de clan devaient souvent passer plusieurs mois de l’année à Londres, pour prendre part aux extravagantes activités de la cour au lieu de superviser leurs clans. Le paiement en nature des loyers devint de plus en plus monétaire. Dans les années 1680 environ la moitié des locations dans les Highlands étaient payées en monnaie, et non en nature. Cela eut pour conséquence d’éroder les liens familiaux des clans, particulièrement lorsque les chefs commencèrent à augmenter les loyers pour financer leurs voyages vers le sud.

L’instabilité de la culture de clan fût aussi affectée par la météorologie. De 1647 à 1707 toute l’Europe du nord fut touchée par un épisode particulièrement froid du Petit Age Glaciaire (période d’environ 1300 à 1870), connu sous le nom des “Lean years” en Écosse. Plusieurs récoltes d’affilée périrent, et la famine sévit dans les terres, principalement tout au nord. Les taux de maladie et de mortalité étaient très élevés, les estimations disent que la population d’Écosse chuta d’environ 15%.

La vie pour les Highlanders était un combat permanent pour la survie. Des milliers de personnes touchées par la famine cherchèrent refuge à Ulster. Il était vital pour la survie des familles restantes d’avoir un lopin de terre, car c’était une culture de subsistance et les besoins vitaux ne venaient que de la terre.

 

Retour en haut de page

 

03. Les temps changent

Stack of suitcases

En 1700, l’émigration à travers l’Atlantique avait déjà commencé. Les familles partaient en quête d’une vie meilleure. Suite à des campagnes publicitaires promouvant des terres à bon marché en Amérique du Nord,  90 à 100 000 Écossais émigrèrent entre 1700 et 1815.

Dans les zones rurales, les petites exploitations des membres des clans des basses-terres furent dissoutes, pour construire des élevages de moutons plus imposants. Ceux qui n’avaient pas de quoi voyager avaient d’autres choix : rechercher du travail en ville, ou bien l’artisanat. Pour beaucoup de familles, le tissage remplaça l’agriculture.

La volonté de l’État, imposée à travers les villes et l’église, avait moins d’influence dans le nord. Les habitants des basses-terres (Lowlands) considéraient ceux des hautes-terres (Highlands) comme des barbares incultes. Une perception encouragée par la propagande de l’État, particulièrement lors des révoltes Jacobite. Un magazine de Londres, écrivit en 1700 :

“Dans cette large portion du pays [Les Highlands] l’ignorance et la superstition sont prédominantes;… Ses habitants… sont entièrement ignorants des principes de religion et de la vertu, ils vivent dans l’oisiveté et la pauvreté, n’ont aucune notion de l’industrie ou de sens de la liberté…”

 

Retour en haut de page

 

04. Les Jacobites

The Battle of Dunkeld, part of the Jacobite risings

C’est dans ce contexte qu’arriva le soulèvement fatidique des Jacobites. La dynastie des Stuart fût exilée en 1688 après la “Révolution Glorieuse”. James VII et II avaient besoin du support militaire de leurs clans écossais. Malgré quelques clans, sentant le vent tourner, qui choisirent de changer d’allégeance en faveur de la monarchie protestante, une large partie des Highlands, principalement ceux qui pouvaient encore lever une armée, étaient prêt à se battre pour les Stuarts.

Au commencement du soulèvement, le Duc d’Argyll écrit :

“Plusieurs milliers d’hommes, armés et formés, prêts après quelques semaines suivant l’appel, est ce qui pourrait perturber tout gouvernement. Le Capitaine de Clanranald… n’a pas 500 £ par an et pourtant a 600 hommes avec lui.”

Cinq tentatives de contre révolution entre 1689 et 1745 resserrèrent initialement les liens entre les clans, mais l’ultime défaite en 1745, sous le commandement de Bonnie Prince Charlie, ainsi que le besoin d’argent, poussa les chefs de clan vers un rapide développement commercial dans les années suivantes.

 

Retour en haut de page

05. Sanctions Extrêmes

Man wearing a kilt and playing bagpipes

L’Angleterre jugea l’Écosse déloyale envers la nation. Une période de terrorisme de l’État s’ensuivit ; incendie de villes, confiscation de leur atout principal : le bétail, ainsi que d’autres proscriptions, telle que l’interdiction de porter des tartans ou des kilts. Il était criminel de porter une arme, de jouer de la cornemuse ou de parler Gaélique. Les biens appartenant aux clans rebelles étaient annexés par la couronne, à travers une commission promouvant “La religion Protestante, la bonne gouvernance, l’industrie… Et la loyauté envers Sa Majesté”.

L’expropriation qui se passait déjà  aux frontières devint alors le modèle pour les Highlands, mais avec une différence importante. Beaucoup d’anciens fermiers et résidents des basses-terres allèrent vers les villes pour y trouver de l’emploi, et les villes les absorbèrent sous la forme de quartiers de bidonvilles. Dans l’enclavement montagneux des Highlands, cette option n’était pas autant disponible. Une autre solution fut cherchée.

Étouffés par les interdictions, les propriétaires fonciers consolidèrent leurs propriétés dans l’optique de maximiser leurs profits ; sous la menace de la faillite, ils trouvèrent que les nombreuses sous-divisions des locations n’étaient plus profitables. Lorsque les propriétaires faisaient faillite, les administrateurs arrivaient. Ces administrateurs, des avocats des Lowlands, n’ayant aucune fidélité envers les clans, n’étaient motivés que par le profit et n’éprouvaient aucune sympathie pour les pauvres vivant sur ces terres. Certaines des expulsions de masse les plus brutales eurent lieu sous l’égide de ces avocats.

Certains grands propriétaires terriens réussirent à conserver leurs terres en regroupant les exploitations agricoles en de plus grands domaines pour l’élevage de moutons ; le rendement était supérieur à celui de l’élevage traditionnel de bovins. Dans les années qui suivirent le soulèvement de 45, le mode de vie de chacun était menacé. Les terres non utilisées, impropres aux bovins et utilisées traditionnellement par les cottars, pourraient être réutilisées pour les moutons, les fossés drainés, les taillis nivelés. Chaque acre de terre devait devenir profitable.

Au fur et à mesure que l’élevage de mouton progressait, les expulsions augmentaient. Dans un cas extrême, plusieurs milliers de cottars et de locataires du domaine de la comtesse de Sutherland furent transférés dans une petite paroisse de la côte est, et chargés de cultiver des terres stériles et de pêcher. La taille des bandes de terre allouées était délibérément insuffisante pour subvenir aux besoins d’une famille, obligeant les locataires à pêcher pour survivre. Pendant ce temps, les terres fertiles que leurs ancêtres cultivaient depuis des siècles furent réaffectées à l’élevage de moutons.

Les Highlands passèrent du féodalisme au capitalisme en moins de deux générations. Les petits villages communaux habités par les cottars et locataires disparaissaient rapidement, remplacés par les “crofts”, de toutes petites fermes individuelles, et partout l’agriculture de grande échelle prenait de l’ampleur. La petite taille de ces “crofts” signifiait que les “crofters” étaient des ouvriers des propriétaires terriens en premier, puis des paysans fermiers en second.

Retour en haut de page

 

06. Famine

Stack of potatoes

Une autre catastrophe allait avoir un effet plus décisif sur la politique. En 1846, le mildiou, qui venait de dévaster l’Irlande, arriva dans le nord-ouest des Highlands et sur les îles. Les cottars vivaient dans des conditions de plus en plus exigües et la catastrophe émergea de la pauvreté. La pomme de terre fût adoptée comme monoculture à travers le nord-ouest. Famine et maladies se sont généralisées. Toute la nation fût prise d’un intérêt particulier pour cette crise. Le journal Scotsman rapporta que le nombre de décès des cottars dû à la dysenterie augmentaient avec une “rapidité effrayante”.

Au début, les propriétaires terriens aidèrent les plus pauvres autant que possible, puis finirent par demander l’assistance de l’État. La crise s’aggrava, et au début de sa quatrième année, l’épuisement des donateurs se fit ressentir. Due en partie aux idées du Siècles des Lumières, les Highlanders, ou Gaëls étaient perçus comme une race inférieure, indolente, en contraste de la force et l’industrie des Lowlanders. Pourquoi, la population se demanda, les pauvres des Highlands continuaient à mourir de faim alors qu’ils avaient reçu toutes les aides possibles ?

La solution n’était pas la charité. Dans la mentalité des Highlands, il était convenu que les classes sociales supérieures devaient aider en temps de besoin. Ils étaient donc incapables de se sauver eux même, à cause de cette erreur culturelle fondamentale. Un effort politique important fut fait en faveur d’une émigration de masse, pour éviter un désastre humanitaire.

Retour en haut de page

 

07. Émigration Forcée

Emigrants arriving in Australia. Sydney Cove, 1853

Cela donna lieu aux lois sur le progrès de l’émigration en 1851 (Emigration Advances Act), qui offrirent des avantages financiers aux propriétaires prêts à “assister” l’émigration des pauvres de leurs terres. La classe politique était convaincue que la seule réponse aux problèmes sociaux des Highlands était l’émigration de masse.

Le journal Scotsman alla jusqu’à approuver “le retrait d’une partie malade et endommagée de notre population”. Malheureusement pour les pauvres, cette émigration forcée se fit à la suite d’années de famine et de douleurs, une pilule amère à avaler.

On retrouve grâce aux registres que plus de 10,000 émigrants furent envoyés au Canada, pour ne jamais en revenir. 5000 partirent vers l’Australie. Il y a beaucoup d’autres histoires d’émigration forcées similaires qui ne furent pas comptées dans les registres. En 1847-51, le nouveau propriétaire de l’île d’Ulva réduisit sa population de 500 à 150, et à Knoydart dans l’Invernesshire, des expulsions particulièrement brutales réduisirent la population de 600 à environ 70 en seulement 5 ans.

Le coût du voyage était assumé par les propriétaires terriens ;  ils considéraient cela un faible prix pour se débarrasser de leurs pauvres. Mais les meilleures terres étaient aussi ciblées. Le canton de Shiaba se targuait de posséder parmi les terres les plus fertiles du district de Ross ; depuis les temps médiévaux les locataires travaillaient la terre et payaient leurs rentes régulièrement. Le Duc d’Argyll envoya des avis d’expulsion aux habitants. Cela plongea le district en état de choc. Les locataires firent appel, mais les expulsions eurent quand même lieu. Personne n’était à l’abri.

Scenes on board an Australian emigrant ship; from Illustrated London News in 1849 A bord d’un bateau d’émigrants pour l’Australie. Photo by Illustrated London news / Public Domain

La population des Highlands de l’Ouest chuta d’un tiers au pire de l’exil. Contrairement aux Lowlands, le changement d’affectation des terres n’eut pas lieu progressivement, ce qui laissa aux descendants des dépossédés un souvenir particulièrement amer de ces faits. En deux générations, la vie des Highlands fut totalement transformée, et aujourd’hui le paysage des Highlands est parsemé de cottages en ruine.

Mais comme l’historien T.M. Devine écrit dans son excellent livre “The Scottish Clearances”, nous ne devons pas rejeter toute la faute sur l’avarice des propriétaires terriens ; il faut aussi y inclure les forces extérieures, les changements économiques, la météorologie, le mildiou, et les pressions d’un état hostile aux clans écossais qui supportaient la cause jacobite. C’étaient des temps désespérés, pour chaque échelon de la société écossaise.

Retour en haut de page

 

08. Adoucissement de l’Opinion publique

Culloden, Highlands
Fin 1800, la volonté politique s’écarta des exils de masse, mais la sécurité de tenure était toujours problématique. La sous-division des terres par les locataires était interdite. Si le fils d’une famille se mariait, il devait alors quitter le domicile familial le jour même et trouver une location autre part. Puisque les cottages étaient démantelés en grand nombre après les évacuations, trouver une nouvelle location était un problème qui ne fut pas réglée par l’émigration.

Cependant, le changement de l’opinion public sauva les crofters restants, lorsque ces évacuations furent perçues comme brutales et inhumaines. Le Crofters Act de 1886 les protégea d’expulsion arbitraire ou de loyers exorbitants. Aujourd’hui, les crofters sont en voie d’extinction, et les terres qu’ils cultivent sont toujours possédées par un tout petit pourcentage de grands propriétaires. C’est le féodalisme sous une autre forme.

.

Retour en haut de page

Article de Doug, traduit par Bertrand

Présenté par Highland Titles

La mission d’Highland Titles est de conserver l’Écosse, un pied carré à la fois™. En vendant des parcelles souvenirs, nous finançons nos Réserves Naturelles et nos projets de conservation. Rejoignez-nous et devenez Lady, Lord ou Laird* of Glencoe!

 


Concernant l'Auteur

Écrit par: Anne


Commentaires sur cet article

  • Guyot
    18/08/20 - 08:05

    Très bel article mais j’aurais aimé qu’il détaille un peu plus la rivalité entre l’Écosse et l’Angleterre à cette époque.
    Éric Guyot

    • Anne
      21/08/20 - 09:07

      Merci pour votre suggestion, à voir lors d’une prochaine révision de cet article.
      Bien cordialement.

  • elizabeth buysschaert
    19/08/20 - 07:45

    J’apprécie beaucoup vos articles sur l’histoire de l’Ecosse , ainsi que vos images sur la vie sauvage que vous protégez. C’est comme si les Lords et Ladies propriétaires d’une parcelle-souvenir avaient une partie de leur coeur dans les Highlands: ils sont heureux d’en entendre des nouvelles. Merci pour vos articles et vidéos. Please excuse me to write in French.
    Elizabeth

    • Anne
      21/08/20 - 09:06

      Un grand merci pour votre commentaire qui nous fait chaud au coeur.
      Nous vous souhaitons une belle journée.

  • Alain-J MAZELLA Lord de GLENCOE
    19/08/20 - 10:44

    Chère Lady Anne,

    J’ai pu lire votre si beau et complet documentaire et j’y ai appris moultes choses avec un grand intérêt, étant un passionné d’Histoire.

    Je vous remercie chaleureusement et si vous pouviez, svp, m’indiquer des références de livres à compulser, j’en serais immensément ravi d’autant que je pourrais ainsi agrandir ma collection d’ouvrages qui aura une belle place dans mon projet lorsque je me retirerai dans la demeure que je souhaite acquérir pour finir mes jours lors de ma retraite prochaine.

    MERCI POUR TOUT.

    Cordialement

    • Anne
      21/08/20 - 09:20

      Bonjour Lord,

      Voici quelques livres qui nous ont paru intéressants :
      En anglais :
      sur les Highland Clearances The Highland Clearances de John Prebble
      Histoire générale de l’Écosse A History of Scotland de Neil Olliver

      En français :
      l’histoire ROMANCÉE de Glencoe dans Un bucher sous la neige de Susan Fletcher
      livre sur l’Auld Alliance Quand le Chardon d’Écosse sauva les Lys de France (1419-1429) de Patrick Gilles
      Histoire de l’Écosse des origines à nos jours de Michel Duchein

      Bonne lecture ! Et tous nos voeux de réussite pour vos projets de retraite.

Une remarque ? Merci de laisser un commentaire.