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Le Voyage en Écosse de Bobby | Épisode 11 Souvenirs de Glasgow

Écrit par: Anne
Publié: 7th August 2020

Le voyage en Écosse de Bobby par Nicolas Lecoffre – Lettre n°11 : Souvenirs de Glasgow  – 10 juin 2019

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Chère tata,

 

Me voici encore et encore. J’imagine qu’au vu du nombre de mes courriers, le facteur doit te les apporter en main propre et t’appeler par ton prénom ! Dis-moi tout !

Quant à moi, ce jour là, je me suis réveillé, vaseux et tourmenté. Épuisé par un tour de ville hâtif, j’avais dû rentrer me reposer. Mais cela ne collait pas. Et tout me revint à l’esprit : Haru, sa fuite, mon mal-être, mon envie de tout oublier, la virée, le bar, le whisky à flot, les égarements, les cris et puis Glasgow !

A 11H, j’avais le rendez-vous dont je t’ai parlé avec le psychologue Mr Harrison. J’y allais en marchant, en passant devant un restaurant italien, Aldi, un centre social et enfin une école.

Au cabinet, surprise, Mr Harrison était en fait Mme Harrison ! Pas grave, j’avais pas mal de choses à dire, ce n’est pas ça qui allait me brider !

 

Je te retranscris la séance, Tata :

“Monsieur Lète, comment vous sentez vous aujourd’hui ?”
– Bien, j’ai hâte de commencer. J’ai un tas de choses à vous raconter,” dis-je de manière enjouée.

 

Mme Harrison me jette un regard surpris et avant qu’elle puisse répondre, je débute mon récit. Je me souviens clairement et de manière lucide de ce qui m’est arrivé là bas quand j’avais 7 ans, en 1998 (11a). Je lui décris la scène. Je n’omets aucun détail. De son côté, elle se contente d’écouter et d’opiner avec son air de psy. Elle suppose que la disparition de mes parents est liée à mon passé car tout se déroule en Ecosse. Un fantôme revenu hanté notre famille ? J’élude la question. Pour la première fois, elle prend l’initiative de l’échange :

 

“Bobby, comment puis-je vous aider ?

– Ah mais, vous m’avez déjà assez aidé. J’imagine que votre travail ne doit pas être facile tous les jours.

– En effet, cela peut parfois puiser de l’énergie Mr Lète mais…

– Et dans certaines situations, on ramène les soucis à la maison sans même s’en apercevoir, et on se retrouve à gérer des situations personnelles qui viennent nous rappeler le travail.

– C’est vrai, à certains moments …

– J’imagine, à votre mal de tête, à vos traits tirés, que c’est une période difficile… vous devriez prendre un peu de repos et de distance…”

 

Je la félicite pour l’énorme travail personnel qu’elle vient d’effectuer et lui dit  qu’elle est assez forte pour terrasser ses démons. Je lui prescris du repos entre promenades légères et sommeils réparateurs. Je la raccompagne à la porte et elle me remercie, les larmes aux yeux.

Tata Suzette, cette séance avec la psy m’a fait beaucoup de bien !

 

Voilà donc le but de cette lettre : je me suis souvenu de tout.

J’ai grandi, mes parents ont dû se dire qu’il était inutile de remettre le traumatisme sur le tapis, à tort. Mais ça y est, quelque chose a changé en moi. Quand je me réveille dorénavant, je souris.

Autre chose, tata. Haru est à Aberdeen. Cela me hante. C’est ridicule car on ne s’est rencontré que trois fois en tout, dont deux fois furtivement. Mais quelque chose me dit qu’il faut que je la revois. Comme si j’avais envie de souffrir encore. Ou tout simplement reprendre ma vie en main. Haru (11b), es-tu un rêve ou une promesse d’avenir ?

 

PS : Papa et maman s’en veulent encore pour Glasgow ?

 

Annexes

11a. Bobby se souvient : L’agression de Glasgow

Je m’en rappelle maintenant, c’était la troisième fois que nous venions dans la ville et j’étais près de la cathédrale de Glasgow. Je commençais à bien connaître les lieux et à avoir certaines habitudes. Le ciel était bleu comme le bonheur et mes parents m’entouraient. Tout était parfait. Nous étions en été et la chaleur nous avait obligés à nous arrêter. Le genre de pause que j’adorais car cela signifiait que j’allais pouvoir manger de la glace. J’avais choisi deux boules chocolat chocolat, coulis chocolat. Ce moment de joie fut de courte durée. Mes parents parlaient et je mangeais non loin d’eux quand on me bouscula. Ma glace tomba et je n’eus même pas le temps de m’en soucier. Un groupe d’adolescents, plus proche de l’âge adulte m’avaient pris pour cible. Ils s’amusaient à me jeter les uns contre les autres. Mes parents mirent quelques secondes avant de comprendre la situation. Quelques secondes qui auraient pu s’avérer graves. J’ai voulu me défendre et je lançais un coup contre un de mes assaillants. Le hasard voulut que je choisisse d’attaquer l’homme le plus âgé du groupe qui, en plus d’être mauvais, paraissait instable. Il sortit son couteau, l’approcha et …

Je ne me souviens plus. Les autres ados, comprenant le sérieux de la situation ont commencé à se taire puis à se désolidariser de cet homme puis à partir le plus rapidement possible. Sans volonté de nous aider. Sans assumer. Je crois que mon père s’est jeté sur l’individu et la lame n’a jamais pu m’atteindre. Ce jour là, je n’ai pas pleuré. Depuis ce jour là, je ne prends plus de glace deux boules chocolat chocolat. Depuis ce jour là, je l’ai cru, je ne pouvais revenir à Glasgow. Je comprends mieux maintenant, pourquoi j’ai été si fébrile à mon arrivée et pourquoi j’ai crié à l’aide en cherchant l’office de tourisme. Je sais aussi pourquoi la cathédrale me rassurait et était comme un phare. Car le jour de mon agression, c’est au moment où je ne l’ai plus vu que le drame s’est déroulé.

C’est le pouvoir de l’inconscient ! Ce fut mon dernier voyage en Ecosse. Quand nous sommes revenus en France, seule tata Suzette a été mise au courant. On n’en a pas reparlé ou du moins, jamais en ma présence. C’est à ce moment que j’ai eu peur des bandes, des groupes, des rassemblements, puis de l’ensemble de l’environnement extérieur.

Je crois que le lendemain, la presse s’est emparé de cet événement. Cela a provoqué quelques débats sur la sécurité, dans la population locale. On m’oublia dans cette histoire, le débat était plus large. On m’oublia comme je m’oubliais et comme j’oubliais jour après jour pourquoi je devenais ainsi, à ne plus vivre par peur de me confronter au danger. Alors que le danger, au final, c’était de ne pas vivre et de me tuer à petit feu.

Après m’être souvenu de tout ça, je pleurai de longues minutes. Je n’étais pas triste, non. Je redevenais moi-même. Et j’en étais heureux !

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11b. À propos de Haru

Haru Lang est née le 20 septembre 1993 à Marseille. Ses parents, Ari, d’origine japonaise et Elly, d’origine écossaise, s’installèrent en France par amour du pays et pour différentes opportunités professionnelles. Marquée dans son enfance par le décès accidentel de sa mère, Haru voue une admiration et un amour sans borne à son père, qui a toujours été présent pour elle et qui a tenté de donner de l’amour pour deux.

C’est aussi son père qui mit la barre très haute dans les exigences de Haru. Nous y reviendrons prochainement. En mémoire de sa mère, Haru et Ari partirent chaque année en Ecosse pour découvrir l’ensemble du pays et trouver dans chaque détail du paysage, des traditions, dans le caractère de chaque habitant, un soupçon d’Elly. Et se raccrocher à elle. Ils ne vécurent pas cela comme un fardeau mais comme un lien nécessaire pour se sentir apaisés et complets. C’est donc à cette époque que l’Ecosse devint la deuxième maison dans le cœur de Haru. Elly, par son caractère, sa gentillesse, sa bienveillance et son courage, représentait toute la noblesse du peuple écossais.

Haru grandit et vécut en France et sa scolarité se poursuivit brillamment. Elle n’avait qu’une envie : construire un projet professionnel en rapport avec l’Ecosse. Sur ce point, elle allait de réussite en réussite et son père ne pouvait être que fier d’elle.

Affectivement par contre, dans son rapport aux hommes, la situation devint de plus en plus complexe. Aucun ne trouvait grâce à ses yeux. A l’adolescence, dans une longue période où son besoin de tendresse avait pris le dessus sur sa recherche incessante de l’homme idéal et idéalisé, Haru se dirigea vers tous les hommes qui témoignaient de la tendresse, avec ou sans arrière pensée. Souvent avec. Et ce qui devait arriver, arriva : une succession d’amourettes qui continuaient d’abîmer le cœur déjà fragile de l’enfant en manque de sa maman et en manque d’un amour qu’aucun homme ne pouvait lui apporter.

Une rencontre, en particulier la blessa, lors de sa dernière année étudiante. Haru avait bien grandi mais au fond, c’était toujours elle : à la recherche de ce je-ne-sais-quoi qui la rendrait plus heureuse. Et elle crût le trouver, à tort, en la personne de Matthias. C’était en 2016.

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À très vite pour le douzième épisode du Voyage en Écosse de Bobby ! En attendant n’hésitez pas à découvrir la page Facebook de Nicolas.


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Écrit par: Anne


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