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Le Massacre de Glencoe de 1692 : Légende ou Réalité ?

Écrit par: Anne
Publié: 25th September 2020

Table des Matières

1.Le Massacre de Glencoe

1.1 Quand eut lieu le massacre de Glencoe ?

1.2 Quelles furent les causes du massacre de Glencoe ?

1.3 Les jours avant le massacre de Glencoe
1.4 Que se passa-t-il le jour du massacre de Glencoe ?
1.5 Les conséquences du massacre de Glencoe

Le Massacre de Glencoe

En Grande-Bretagne, tout le monde connaît l’histoire du Massacre de Glencoe.

À l’école primaire on enseignait aux enfants que les MacDonald de Glencoe avaient été massacrés par les Campbell, un clan voisin avec lequel les MacDonald avaient une vieille animosité. Mais c’est une version détournée de la vérité, basée sur des faits de circonstances concoctés par opportunisme politique.

Les membres du gouvernement savaient comment diviser pour mieux régner, montant les clans les uns contre les autres afin que le blâme puisse être détourné, et les réels coupables jamais présentés devant la justice. La rivalité entre les clans partage ce blâme, mais seulement indirectement.

 

Quand eut lieu le massacre de Glencoe ?

L’histoire commence trois ans après la ‘Glorieuse Révolution’ de 1688, le massacre en lui-même ayant pris place le 13 février 1692.

 

Quelles furent les causes du massacre de Glencoe ?

Le royaume uni émergeant entre l’Angleterre, l’Irlande et l’Écosse ne voulait pas d’un roi catholique, mais le roi Jacques II d’Angleterre et VII d’Écosse devenait de plus en plus catholique. Quand il insista pour que son fils héritier soit élevé comme un catholique ce fut la goutte d’eau de trop pour un pays qui s’était battu pendant des générations pour vaincre l’autorité papale. Guillaume d’Orange (le petit-fils de Charles Ier) envahit la Grande Bretagne, Jacques s’enfuit, et le Parlement considéra la fuite de Jacques comme une abdication. La fille protestante de Jacques, Marie, qui était mariée à Guillaume d’Orange, fut invitée à être co-régente avec son mari.

Glencoe Massacre

Guillaume d’Orange

Parce que Jacques était un Stuart et d’origine écossaise, il bénéficiait d’un fort soutien parmi les clans des Highlands. Ce soutien posait un potentiel problème pour Guillaume d’Orange, devenu Guillaume III. Cela aurait pu causer une autre guerre civile. Certains clans virent le vent tourner et décidèrent de se placer derrière le camp gagnant, notamment certaines branches des Campbell. D’autres étaient farouchement loyaux envers Jacques II, et croyaient qu’il récupérerait sa couronne avec l’aide de la France.

John Campbell, comte de Breadalbane, était un homme ambitieux. En tant que membre du Conseil Privé écossais, il savait que soutenir Guillaume III et le nouveau régime était l’option sensée. Cependant, il ne mit pas tous ses oeufs dans le même panier, car il n’était pas non plus impossible que Jacques récupère la couronne. Vous comprenez pourquoi on l’appelait ‘slippery John’ (littéralement, ‘John le glissant’), on ne pouvait jamais être sûr de quel côté il était.

Afin de prouver son allégeance au nouveau régime, Breadalbane proposa de rassembler les chefs de clans des Highlands pour signer un serment d’allégeance à Guillaume et Marie. Cela allait demander de la corruption. Le gouvernement britannique confia donc une grosse somme d’argent à Breadalbane pour qu’il puisse donner 12 000 livres à chaque chef de clan qui accepterait de signer le serment.

Glencoe Massacre

Les vestiges du Château d’Achallader

Le 30 juin 1691 John Campbell organisa une rencontre au Château Achallader. Lors de cette rencontre il proposa le serment aux chef de clans. Alistair MacIain, le chef des MacDonald de Glencoe, était aussi à la rencontre. Ces MacDonald étaient ce qu’il restait d’un ancien clan passé par des moments difficiles. Dans le passé, ils avaient été les Lords of the Isles – les Seigneurs des Iles – et maîtres d’immenses terres et fortunes. Ils étaient à présent pauvres et en étaient réduits à voler du bétail à leurs voisins pour survivre. Cela agaçait leurs voisins, les Campbell. Mais ils n’étaient pas le seul clan à recourir au pillage de voisins plus prospères.

Plus important peut-être, MacIain, le chef de clan, était apparenté aux Campbell par mariage. Breadalbane rappela à MacIain qu’il lui devait de l’argent pour son bétail. Sa part de 12 000 livres, moins ses dettes, le laissait si déficitaire qu’il n’en tirerait rien. Il en fut plutôt mécontent. D’autres en sortaient également perdants. On dit que John Campbell de Breadalbane ne versa jamais l’argent aux chefs. Ils avaient aussi une autre source d’inquiétude : et si Jacques II revenait avec une armée pour apprendre que ses nobles avaient signé un serment avec son ennemi ?

Après des discussions houleuses, Breadalbane proposa un second serment secret juste entre eux : si Jacques II revenait avec l’armée française alors le serment envers Guillaume et Marie serait brisé et ils soutiendraient de nouveau Jacques II automatiquement. Cela satisfaisait presque les chefs, mais ils voulaient la permission de Jacques II, alors exilé, avant de signer. Guillaume III leur avait fait savoir qu’il y aurait des conséquences graves pour quiconque ne signerait pas. Ils voulaient pouvoir éviter les ennuis des deux côtés. Une lettre fut donc rédigée et envoyée secrètement à Jacques en France, alors que la date butoir pour signer le traité approchait.

Glencoe massacre

Jacques, le Roi exilé

La date butoir était le 31 décembre 1691. Les chefs de clans attendaient d’avoir reçu la réponse de Jacques avant de signer quoi que ce soit. A cette époque, la riche France catholique, soutenue par le Vatican, était une superpuissance européenne. Si Jacques arrivait à convaincre le Roi de France de l’aider, alors son retour au pouvoir deviendrait une réelle possibilité. C’est pourquoi ils attendirent. Il n’était vraiment pas question d’une allégeance réelle envers Guillaume et Marie, pas tant que cet espoir existait. Pendant ce temps Jacques essayait de rassembler une armée.

En septembre 1691 vint la rumeur d’une invasion venue de France. Jacques, cependant, n’arriva pas à obtenir le soutien de Louis XIV avant la date butoir. Il envoya donc sa permission aux chefs de clans de signer le serment. La lettre fut expédiée de France le 12 décembre. A cette époque le courrier mettait un long moment à atteindre sa destination. Cette malheureuse lettre mit encore plus longtemps.

Entre en scène John Dalrymple, le secrétaire d’État chargé de l’Ecosse. Cet homme politique avait travaillé pour Jacques II en tant que secrétaire d’État. Mais quand Jacques fut déposé, il changea rapidement d’allégeance en faveur de Guillaume et Marie. C’était un Lowlander, avec une antipathie particulière envers les clans de Lochaber, notamment les MacDonald de Glencoe. Il les considérait sauvages et rebelles et absolument pas bénéfiques à une Union Britannique moderne. Il voulait les mettre au pas, et c’était un homme sans pitié.

Glencoe Massacre

John Dalrymple, Comte de Stair

La lettre de Jacques aux chefs de clans fut interceptée et lue par des espions du gouvernement à Londres. L’accord secret fut exposé, et un Dalrymple furieux voulut faire un exemple des clans. La lettre fut refermée, tranquillement, et envoyée à Édimbourg. Pendant ce temps Dalrymple envoya des soldats à Fort William, une nouvelle forteresse construite pour protéger les intérêts de Guillaume dans les Highlands. Ces soldats étaient prêts à punir tout clan qui ne respecterait pas la date butoir.

La lettre de Jacques atteint Édimbourg le 21 décembre, 10 jours avant la date butoir. Mais elle avait encore à voyager dans les Highlands isolées au milieu de l’hiver, puis le message devait être passé de vallée en vallée, de clan à clan. Alors que Dalrymple se frottait les mains en anticipation du bain de sang, les chefs de clans attendaient l’autorisation de leur roi.

Finalement la lettre parvint à Athol, de là des messagers à cheval partirent vers Glengarry. Le chef de clan à Glengarry retint les messagers, certains disent qu’il voulait mettre le chef des Cameron, à Lochiel dans la vallée voisine, dans l’embarras en le mettant en retard pour signer. Quand elle arriva finalement à Lochiel et Keppoch, il restait 24h pour lui faire atteindre Rannoch Moor. De là le mot fut passé à Chef MacIain à Glencoe. Mais la date butoir était sur lui, et il n’y avait aucune chance pour qu’il arrive à temps à Inveraray pour la signature avec la mauvaise météo. Il ne perdit donc pas de temps pour se rendre à Fort William à la place.

Le Colonel John Hill était le gouverneur de Fort William, il reçut MacIain, mais lui assura qu’il n’était pas autorisé à recevoir son serment d’allégeance, et qu’il devait se présenter au plus vite devant Sir Colin Campbell – l’homme désigné pour récolter les signatures – à Inveraray. Cependant, il donna à MacIain une lettre de protection, affirmant qu’il était convaincu que MacIain avait honoré l’esprit du serment, mais n’était simplement pas arrivé au bon endroit. La lettre incitait Sir Colin à recevoir son serment de bonne foi.

Glencoe Massacre

Vue sur Glenoe depuis The Devil’s Staircase. Attr. Colin & David Sousa, Wikimedia commons

MacIain brava à nouveau le temps d’hiver, mettant 3 jours à arriver à Inveraray. Lui et ses hommes avaient traversé le territoire Campbell pour s’y rendre. Ils furent interceptés par des soldats du gouvernement qui le questionnèrent en dépit de la lettre de protection du Colonel Hill. Certains historiens croient qu’il fut délibérément retenu pour le mettre encore plus en retard. Quand il arriva à Inveraray c’était le 2 janvier, et Sir Colin avait déjà quitté la ville pour Hogmanay et ne serait pas de retour avant trois jours.

MacIain et ses hommes attendirent dans une taverne. C’était en territoire Campbell et ils étaient entourés de Campbell. Lorsque Sir Colin revint, il accepta l’explication de MacIain et la lettre du Colonel Hill, et il autorisa MacIain à ajouter sa signature au serment. Il y avait alors la signature de MacIain, la lettre du Colonel Hill, et une autre lettre de Sir Colin recommandant que le serment de MacIain soit accepté, soutenant l’avis du Colonel Hill comme quoi l’esprit de son serment et son effort pour le prêter avaient été sincères.

C’est soulagés que MacIain et ses hommes retournèrent à Glencoe, convaincus d’avoir fait ce qu’il fallait et que leur sécurité était assurée. Le colis contenant les signatures de serment, les lettres, et autres affaires, fut envoyé par dépêche au Conseil Privé d’Édimbourg. Colonel John Hill envoya une lettre à MacIain à Glencoe, comme le voulait le protocole, déclarant que le clan MacDonald était à présent sous la protection de la garnison de Fort William.

Lorsque le colis contenant les serments fut présenté devant le Conseil Privé à Édimbourg, il contenait également une lettre du shérif demandant si la signature du chef MacIain devait ou non être acceptée. Les greffiers du Conseil Privé, parmi lesquels se trouvaient de puissants avocats du clan Campbell, auraient d’abord organisé l’ordre d’apparition des documents avant de se présenter devant le Conseil Privé. Les historiens suspectent qu’une certaine corruption de l’information aurait pu avoir lieu ici, mais cela ne peut être prouvé.

Ce qui fut présenté au Conseil Privé les amena à déclarer que la signature de MacIain était inacceptable, une soumission tardive illégale. Le Conseil Privé ordonna qu’elle soit rayée du registre.

Glencoe massacre

Glencoe

Les jours avant le massacre de Glencoe

Cinq jours après que MacIain ait signé le serment, Dalrymple apprit que son nom avait été retiré de la liste à cause d’une ‘faute technique’. Dalrymple en fut enchanté. Il avait trouvé son exemple. Il écrivit : “Juste à l’instant mon Lord Argyll me dit que Glencoe n’a pas prêté le serment, ce devant quoi je me réjouis.” D’autres clans n’avaient pas non plus prêté serment, à cause du mauvais temps ou par refus. Mais Dalrymple choisit de mettre le clan MacDonald en avant. Il continua en disant “C’est un acte de grande charité que d’être exact dans l’extermination de ce satané clan, le pire de toutes les Highlands.”

La raison précise pour laquelle il détestait les MacDonald plus que n’importe quel autre clan reste inconnue. Ils avaient beau être d’une nature rebelle et enclins au banditisme, ils étaient loin d’être le seul clan avec ces qualités. Les autres clans rebelles, ceux qui s’étaient engagés dans le pacte secret avec Breadalbane, étaient plus puissants, avec de meilleures relations. Les MacDonald étaient suffisamment insignifiants pour que l’on fasse un exemple d’eux sans risquer de représailles des autres clans. Le destin et les circonstances venaient de tirer à un clan déjà malchanceux une bien mauvaise main.

Dalrymple exhorta le roi à agir, faisant particulièrement référence au clan MacDonald. Le commandant en chef à Londres reçut les instructions finales du roi, qu’il envoya à Dalrymple à Édimbourg. Le Colonel Hill tenta de retarder l’action militaire contre les Highlanders. Il voulait leur donner une chance de défendre leur cas. En vain.

Deux de ses officiers, le Major Duncanson et le Lieutenant-Colonel Hamilton planifièrent l’attaque, agissant sur l’ordre direct de Dalrymple. Dalrymple savait que MacIain et les MacDonald se croyaient en sécurité, et il utilisa ce savoir pour planifier une intervention secrète. C’était aussi une intervention illégale, une forme de trahison connue sous le nom de “slaughter under trust” (“meurtre en confiance”).

Le capitaine Robert Campbell de Glenlyon reçut le commandement de deux compagnies, environ 120 hommes au total. Le 1er février 1692, dix jours avant le massacre, on leur ordonna de marcher sur Glencoe et d’attendre des instructions. Il est peu probable qu’à ce stade Glenlyon ait su ce que serait son prochain ordre.

Glencoe Massacre

Capitaine Robert Campbell de Glenlyon

A 60 ans Robert Campbell de Glenlyon n’était jamais monté plus haut que capitaine. Il n’avait pas connu de succès. Il était un gros buveur et un joueur invétéré, un mouton noir de la famille Campbell. Les historiens ont spéculé que cet homme fut spécialement choisi pour cette mission en raison de certaines failles dans son caractère, et parce que personne ne se soucierait qu’il prenne le blâme. Une raison encore plus cynique se présente : Glenlyon était apparenté à MacIain. La trahison n’en serait que plus douloureuse.

Lorsque les MacDonald de Glencoe virent les Tuniques Rouges marcher sur leur vallée, ce fut sans doute un choc. Cependant ils étaient sous la protection de Fort William et n’avaient pas de raison de craindre ces soldats. Au lieu de cela, à la demande de la compagnie, ils les accueillirent chez eux et leur offrirent à boire et à manger.

Glenlyon dit au chef qu’ils collectaient les taxes de chaque clan, sous l’ordre du Colonel Hill. Il avait même un document à cet effet. Cette explication fut satisfaisante pour les MacDonald. Le capitaine, Glenlyon, fut accueilli dans la maison du chef de clan en personne. La nièce de Glenlyon était mariée au plus jeune fils de MacIain, et Glenlyon rendit visite à sa nièce et sa nouvelle famille tous les jours durant leur séjour. Le reste de la compagnie fut logée dans les maisons de la vallée à raison d’environ 3 ou 4 hommes par maison. A l’insu des MacDonald, un danger mortel se trouvait à présent au coeur de chaque foyer du clan.

Les soldats restèrent pendant 10 jours, ils burent et mangèrent, jouèrent aux cartes, firent des paris, chantèrent des chansons. Certains partagèrent même la couche d’une femme. Ils appartenaient à la même culture des Highlands ; dans cette culture il est entendu que si vous invitez un étranger dans votre maison et que vous rompez le pain ensemble, ce n’est plus un étranger mais un ami de confiance. Une protection mutuelle était présumée. Ce code était sacré pour les Highlanders. Dix jours et dix nuits, donc, d’amitié et d’hospitalité que les hôtes partagèrent avec ces soldats, et que les soldats partagèrent avec leurs hôtes. Cela rend d’autant plus effroyable ce qui s’est passé par la suite.

Glencoe massacre

Mémorial de Glencoe

Que se passa-t-il le jour du massacre de Glencoe ?

La veille du massacre, le capitaine Robert Campbell de Glenlyon, qui dînait avec son hôte, Alistair MacIain et sa famille, reçut une dépêche du major Duncanson, qui était posté à l’extérieur de la vallée. C’est une lettre tristement célèbre.

Elle disait : par ordre du roi, à cinq heures demain matin, chaque membre du clan MacDonald âgé de moins de soixante-dix ans doit ‘passer au fil de l’épée‘, et en aucun cas le ‘vieux renard et ses fils‘ ne doivent échapper au massacre. Si Glenlyon ne suivait pas ce commandement il serait ‘traité comme quelqu’un qui n’est fidèle ni au roi ni au gouvernement‘, autrement dit il serait considéré comme coupable de trahison.

Il est difficile d’imaginer ce qu’a pu ressentir Glenlyon alors qu’il faisait secrètement passer le message aux autres soldats hébergés dans la vallée cette nuit-là. Mais tel était l’ordre reçu et il devait y obéir.

Le Major Ducanson dit au Capitaine Campbell qu’il le rejoindrait, mais lui ordonna de débuter l’action deux heures avant son arrivée sur place. Au final, les intempéries le firent arriver 6 heures plus tard. Il fallait qu’un Campbell soit le principal instigateur. Très peu des soldats portaient le nom Campbell, la plupart d’entre eux étaient des lowlanders. Mais le nom Campbell devait être associé à tout prix à ce crime.

Le matin suivant, le 13 février 1692, dans les heures sombres du petit matin, débuta le massacre. MacIain fut assassiné dans son lit, mais ses deux fils aînés réussirent tous deux à s’échapper dans les montagnes. Au total environ 38 personnes furent tuées. Tout le long de la vallée les habitations furent mises à feu. On ne sait toujours pas combien de femmes et d’enfants qui s’étaient échappés moururent plus tard de froid. Les estimations varient de 40 à 300.

Glencoe massacre

Massacre de Glencoe par James Hamilton en 1884

Certains historiens suggèrent que les troupes devaient savoir qu’elles allaient commettre une atrocité avant que l’ordre fut donné.  D’autres pensent que bien que les soldats aient mené à bien leurs ordres, ils auraient délibérément mal fait le travail, ou même été incapables d’aller jusqu’au bout. Un témoignage indique que certains soldats préférèrent briser leur épée plutôt que d’assassiner leur peuple. Sur le millier de personnes qui vivaient à Glencoe, 38 morts n’est pas un grand nombre pour une compagnie de 120 hommes armés.

Avant la tombée du jour le 13 février, certains des survivants redescendirent de la montagne pour enterrer leurs morts. Le chef de clan et sa famille furent enterrés selon la tradition, au lieu d’inhumation des MacDonald, l’ïle Eilean Munde sur le Loch Leven. Les autres victimes furent enterrées dans et autour de la vallée.

 

Glencoe massacre

Eilean Munde sur le Loch Leven (la grande île sur la droite)

Dalrymple, lorsqu’il apprit que le massacre n’avait pas été complet, que deux des fils du ‘vieux renard’ étaient toujours en vie, fut furieux. Il voulut prouver au roi qu’il était l’homme qui saurait contrôler les Highlanders. Il donna l’ordre de traquer les survivants et de les envoyer aux plantations ou de les tuer. Il écrivit des lettres allant dans ce sens, mais ne fut jamais obéi. Son attitude vengeresse et son impénitence n’étaient pas partagées par les autres, qui étaient horrifiés des évènements.

Les conséquences du massacre de Glencoe

Après l’évènement, on vit Glenlyon dans Édimbourg, en train de boire et de pleurer ses actes. Les soldats commencèrent également à parler, à relater les horreurs qu’on leur avait ordonné de commettre. Les journalistes reçurent ces informations avec intérêt. Étrangement, Glenlyon perdit l’ordre d’attaque. Il fut retrouvé et envoyé à Paris, où il fut publié dans la Gazette de Paris. La nouvelle de l’atrocité se répandit dans une Europe choquée. L’acte n’allait pas rester sans conséquences.

Glencoe massacre

L’ordre d’attaque, Licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Pendant ce temps Breadalbane, ce Comte de Campbell ‘glissant’, était horrifié par la nouvelle. Il était bien conscient du piège en train de se refermer sur les Campbell, et que lui-même pouvait se retrouver accusé. Il écrivit aux MadDonald, leur demandant de l’absoudre, ainsi que son clan, de toute responsabilité. Les différents existants entre les clans n’auraient jamais mérité un massacre. Il ne reçut pas de réponse de Glencoe.

Le Roi Guillaume se battait en France et, incroyablement, ignorait ce qui se passait en Écosse. Darlymple ne fut jamais discipliné pour son ordre honteux. Le Colonel Hill semblait également indifférent, malgré qu’il ait reconnu le désir de MacIain de prêter le serment. Il écrivit au Lord Chancelier d’Écosse, lui déclarant dans un rapport militaire qu’il avait ‘ruiné Glencoe’ au milieu d’autres nouvelles. S’il avait des remords il n’en fit pas mention.

Entra en scène Charles Leslie, avocat jacobite, auteur de pamphlets et propagandiste politique. Il décida de mettre à jour toute la vérité. Il fut minutieux et précis, collectant des preuves documentaires, s’entretenant avec les soldats et transcrivant des témoignages. Le Parlement essaya de faire passer ses découvertes comme une théorie du complot jacobite. La Reine Marie, cependant, commença à poser des questions.

En 1693, avec Charles Leslie soulevant le public et la Reine Marie exerçant de la pression sur le gouvernement, le Roi Guillaume fut obligé d’ouvrir une enquête officielle. Ce fut une fausse enquête, qui exonéra le Roi, dont personne ne fut satisfait. Les questions continuèrent au Parlement.

Glencoe Massacre

Reine Marie II

En 1695, l’année suivant le décès de la Reine Marie, une nouvelle enquête fut menée. Cette fois-ci le Roi ne fut pas autorisé à lire le rapport avant sa publication. La seconde enquête allait plus loin. Sa conclusion était qu’un acte de trahison avait été commis sur les habitants de Glencoe, par leur propre gouvernement. Mais qui recevrait le blâme pour ce crime ? En premier lieu il fut décidé qu’une ‘erreur’ avait été commise en refusant le serment de MacIain.

Le Roi fut encore une fois épargné du blâme. Dalrymple aurait quant à lui ‘mal interprété’ les souhaits du Roi. Il fut congédié de son poste de secrétaire d’État pour l’Écosse. Plus tard au 19ème siècle, le politicien et historien Thomas Macaulay, accusa le Roi Guillaume d’avoir ‘grandement manqué à son devoir’ en ne punissant pas davantage Dalrymple. Peu après, grâce aux portes tournantes de la politique, Dalrymple était de retour au gouvernement. Après le décès de Guillaume en 1702, il joua un rôle clé dans la formation de l’état unique de Grande Bretagne.

Breadalbane, à cause de son serment secret avec Jacques, fut accusé de trahison, bien qu’il fut reconnu qu’il avait été utilisé comme bouc émissaire. Il fut plus tard libéré de prison, mais sa carrière politique en avait pâti. Il prit part aux soulèvements jacobites de 1715, mais certains l’accusent d’avoir siphonné de l’argent à la cause.

Le couperet tomba plus lourdement sur Robert Campbell de Glenlyon et les autres officiers impliqués ce jour-là. Ils furent reconnus coupables de ‘slaughter under trust’ ou ‘meurtre en confiance’ malgré qu’ils aient suivi les ordres de leurs supérieurs. Le Parlement recommanda de les faire passer en jugement. Au final cela n’eut pas lieu. Robert Campbell de Glenlyon mourut d’alcoolisme. Il ne se remit jamais du fardeau d’avoir obéi à ces ordres. Il fut également conseillé au Roi de questionner le Major Ducanson et le Lieutenant-Colonel Hamilton. Le Roi n’en fit rien.

Concernant les MacDonald, il retournèrent dans leur vallée, reconstruisirent leurs maisons et ré-installèrent leurs familles. John MacIain, fils aîné d’Alistair, devint le 13ème Chef de Clan, et construisit sa maison sur le site de celle de son père. Trois cents ans plus tard, l’opinion est toujours fortement divisée quant à savoir si le Clan Campbell devrait être tenu responsable des meurtres. La question est trop complexe à démêler.

Glencoe massacre

Inscription sur croix à Glencoe

 


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Écrit par: Anne


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